vendredi 19 août 2011

Princesse de rêves, êtres de l’autre monde


Ill. de Lubin de Beauvais

"Je crois très franchement que votre littérature reste le plus sérieux de mes vices [..]. »
LETTRE DE HUYSMANS A LORRAIN datée de 1901

Princesses d’ivoire et de d’ivresse
Princes de nacre et de caresse
Princesses d’ambre et d’Italie
Masques dans la tapisserie
Contes de givre et de sommeil
….

Un poème inachevé ? Non. Une simple table des matières. Le petit portail ouvragé par un artisan délicat d’un jardin clos, de rêves noirs et de cauchemars enchantés. Le jardin, composé de pièces façonnées et refondues au cours d’années d’errance journalistique prend forme en 1902 sous le titre de « Princesses d’ivoire et d’ivresse ». Jean Lorrain (1855-1902) nous en a laissé la clef. Entrons. 

Dans la parcelle la plus sombre, « les contes de givre et de sommeil », baignée d’une nuit perpétuelle, repose, étincelante et froide, « la princesse sous verre ». Elle avait fait son apparition le premier jour du dernier mois de 1895. Les feuilles mortes volaient alentour, poussée par le pinceau d’André Cahard. La Revue Illustrée l’accueillait en son sein. Quelques mois plus tard, en 1896, l’éditeur Taillandier en faisait une plaquette autonome, tirée à 170 exemplaires, Cahard en restant l’ornemaniste.

Ill. d'André Cahard, 1895
« C’était une délicate et belle petite princesse aux membres menus et jolis comme ceux d’une figurine de cire ; sa peau transparente était si tendre qu’on l’eût dit animée par une flamme de cierge, une flamme vacillante, éteinte au moindre vent et, sous ses épais bandeaux du marron luisant des châtaignes, elle dégageait, la petite princesse, une si prenante et si froide impression de blancheur, qu’à son nom de Bertrade, on avait ajouté le surnom de « la pâle »[…] »

Tels les imagiers du moyen-âge, Cahard laisse une œuvre, un nom, et une ombre sur laquelle il n’y a pas de visage. Il aurait été élève de Luc-Olivier Merson. On sait qu'il fit ses débuts à la Revue Illustrée en 1895 et collabora, à la même époque, à quelques revues comme L'Assiette au Beurre, Paris-Noël, l'Image. Sa signature disparaît ensuite pour réapparaître par périodes espacées, de 1902 à 1905, de 1911 à 1917. Nous perdons sa trace en 1924 après l'illustration des Elégies de Verlaine publiées chez Messein. Vers 1900, il dessina des cartons pour vitraux pour les ateliers de Félix Gaudin, maître verrier qui avait Eugène Grasset parmi ses collaborateurs réguliers. On lui doit les projets de la verrière de Sainte Fare à Faremoutiers ainsi que des projets de vitraux pour les églises de Granville.



Ill. de Lubin de Beauvais, 1905
Ce « Conte pour Catherine Pozzi », fille du grand chirurgien Samuel Pozzi, future poétesse, alors agée de 13 ans, sera repris en 1905 dans la même revue mais illustré cette fois par Lubin de Beauvais (peintre, lithographe et dessinateur français, actif de 1892 à 1915 nous dit le Dictionnaire des illustrateurs) et sous le titre de « Rose de Noël ». Le conte ne gagnera rien à cette nouvelle illustration. Bien au contraire. Il n’est qu’à comparer la rêverie éthérée de Cahard à la plate imagerie en noir de Lubin pour se faire une idée de la supériorité onirique du premier.



Cahard, 1895
 Aux premières lueurs de l'aube, les glaces fondirent, la barque merveilleuse descendit les eaux lentes, puis disparut à un tournant du fleuve.
La librairie propose à la vente La Princesse sous verre, ICI et un catalogue d'exposition, exemplaire unique enrichi d'aquarelles originales de Cahard, ICI.